Mélatonine et cœur : ce que révèle (et ne prouve pas) une étude qui inquiète
Une étude présentée à l’American Heart Association a fait le tour de la presse scientifique fin août 2026 : la mélatonine prise au long cours serait associée à un risque accru d’insuffisance cardiaque. Voici ce que dit réellement cette étude, et surtout ce qu’elle ne prouve pas.
L’étude en résumé
Des chercheurs ont analysé 5 ans de dossiers médicaux électroniques de 130 828 adultes souffrant d’insomnie chronique (base TriNetX). Ils ont comparé 65 414 utilisateurs de mélatonine pendant au moins un an à un groupe équivalent de non-utilisateurs, en excluant les personnes ayant déjà une insuffisance cardiaque. Résultat : 4,6% des utilisateurs long-terme ont développé une insuffisance cardiaque contre 2,7% des non-utilisateurs.
Ce que l’étude ne prouve pas
Trois réserves importantes, assumées par les chercheurs eux-mêmes. D’abord, il s’agit d’un résumé de conférence (American Heart Association, novembre 2025), pas encore publié dans une revue à comité de lecture — les résultats définitifs n’ont pas encore été validés par les pairs. Ensuite, l’insomnie elle-même est un facteur de risque cardiovasculaire connu : les utilisateurs de mélatonine ont par définition une insomnie plus sévère ou plus ancienne, ce qui peut expliquer une partie du lien observé sans que la mélatonine en soit la cause directe. Enfin, la base de données utilisée repose largement sur des prescriptions médicales américaines — la plupart des utilisateurs de mélatonine en vente libre (comme c’est le cas en France) n’y apparaissent probablement pas, ce qui limite la portée de l’étude pour un usage occasionnel ou à dose faible.
Faut-il arrêter la mélatonine ?
Pas de panique, mais pas d’insouciance non plus. La Dr Nicole St-Onge (American Heart Association) résume bien la position actuelle : la mélatonine « ne devrait pas être prise de façon chronique sans indication précise ». C’est cohérent avec ce qu’on écrivait déjà dans notre article sur la mélatonine : un usage ponctuel (décalage horaire, période difficile) est bien documenté, mais un usage prolongé mérite d’en parler avec un médecin plutôt que de s’auto-prescrire des mois durant. En France, le dosage en vente libre est de toute façon plafonné à 1,9mg — nettement en dessous des doses parfois étudiées ailleurs — mais ce plafond ne dit rien sur la durée d’utilisation, qui semble être le facteur en cause ici.
Cet article synthétise une actualité scientifique à but informatif — il ne remplace pas un avis médical. Si vous prenez de la mélatonine depuis plusieurs mois, en parler à votre médecin ou pharmacien reste la meilleure option, surtout en cas d’antécédents cardiovasculaires. Voir notre méthode de sourcing.
Sources
- American Heart Association, Long-term use of melatonin supplements to support sleep may have negative health effects, communiqué du 3 novembre 2025 — newsroom.heart.org
- Melatonin supplementation, hyperprolactinemia, and incident heart failure — revue d’hypothèse, PMC (National Library of Medicine) — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- ScienceDaily, Long-term melatonin use linked to 90% higher heart failure risk, 29 août 2026 — sciencedaily.com