Le 5 octobre 2026, à Tokyo, une soixantaine de personnes se sont allongées côte à côte pour… dormir. À la clé : 2,22 millions de yens, soit environ 10 200 francs. Derrière l’anecdote, une vraie question : s’endormir en un éclair, est-ce vraiment un signe de bon sommeil ?

Ce qui s’est passé à Tokyo

La « Matt Race by Koala », organisée par la marque de matelas du même nom, s’est tenue dans le quartier de Minato. Trois manches de 90 minutes, une vingtaine de participants chacune, tirés au sort parmi plus de 45 000 candidatures.

  • Le principe : dormir le mieux possible pendant 90 minutes, équipé de capteurs, sur un matelas installé en plein espace public.
  • Le score : un « score de sommeil » supervisé par des médecins, qui combinait la rapidité d’endormissement, la profondeur, la stabilité et la qualité globale du sommeil. Des perturbations surprises étaient même prévues pendant les manches.
  • Les règles : avoir au moins 20 ans, aucun somnifère, aucun alcool, et l’interdiction de se priver volontairement de sommeil avant l’épreuve pour prendre l’avantage.
  • Le prix : 2,22 millions de yens, un clin d’œil aux « Zzz » des bandes dessinées.

Les médias ont souvent résumé l’événement à « qui s’endormira le plus vite ». En réalité, la vitesse n’était qu’un critère parmi d’autres. Et c’est tant mieux, comme on va le voir.

S’endormir très vite : talent ou signal d’alarme ?

Un adulte reposé met en général 10 à 20 minutes à s’endormir. S’écrouler en moins de 5 minutes trahit le plus souvent une dette de sommeil, pas un don.

En 2017, un panel d’experts de la National Sleep Foundation a défini les repères d’un sommeil de bonne qualité. Parmi eux : s’endormir en 30 minutes ou moins. Selon la même fondation, environ 27 % des gens dépassent ce seuil en moyenne.

À l’autre extrémité, les médecins du sommeil utilisent le test itératif de latence d’endormissement (TILE, ou MSLT en anglais) : plusieurs siestes de 20 minutes en laboratoire, dans la journée. Une latence moyenne inférieure à 8 minutes est considérée comme une somnolence excessive. Sous 5 minutes, le résultat est nettement anormal et oriente vers une privation de sommeil sévère ou une narcolepsie.

Temps pour s’endormirCe que cela suggère en général
Moins de 5 minDette de sommeil importante, parfois un trouble comme la narcolepsie
5 à 10 minFatigue marquée, somnolence
10 à 20 minZone habituelle d’un dormeur reposé
20 à 30 minEncore dans les repères d’un sommeil de qualité
Plus de 30 min, régulièrementDifficulté d’endormissement, possible insomnie

Ces repères sont indicatifs : ils viennent d’études en laboratoire et varient d’une personne à l’autre. Une nuit isolée ne dit pas grand-chose ; c’est la tendance sur plusieurs semaines qui compte.

C’est d’ailleurs pour cela que les organisateurs ont interdit de se priver de sommeil avant l’épreuve : une nuit blanche aurait été le meilleur « dopage » possible.

Pourquoi un tel concours au Japon ?

Selon les données de l’OCDE publiées en 2021, le Japon est le pays où l’on dort le moins parmi 33 pays comparés : 7 h 22 en moyenne, contre 8 h 28 pour l’ensemble des pays étudiés.

Ces chiffres viennent d’enquêtes sur l’emploi du temps et mesurent le temps consacré au sommeil, pas la qualité de ce sommeil. Les données japonaises datent de 2016. Elles suffisent toutefois à expliquer pourquoi une marque de literie a choisi d’attirer l’attention sur le sujet avec humour.

Ce que la science recommande pour s’endormir plus facilement

L’objectif n’est pas de battre un record, mais de rester dans la zone des 10 à 30 minutes sans lutter. Deux gestes simples ont été testés sérieusement.

  1. Un bain ou une douche chaude, 1 à 2 heures avant le coucher. Une méta-analyse de 2019 (17 études retenues) montre qu’une eau entre 40 et 42,5 °C, pendant au moins 10 minutes, raccourcit le temps d’endormissement d’environ 10 minutes en moyenne. Le mécanisme : la chaleur favorise ensuite la baisse naturelle de la température du corps, qui accompagne l’arrivée du sommeil. Trop proche du coucher, l’effet disparaît.
  2. Écrire sa liste de tâches pendant 5 minutes. Dans une étude en laboratoire avec mesure du sommeil (57 jeunes adultes), ceux qui notaient ce qu’ils avaient à faire les jours suivants s’endormaient plus vite que ceux qui listaient ce qu’ils avaient déjà fait, d’environ 9 minutes selon les auteurs. Plus la liste était précise, plus l’effet était net. Limites : pas de groupe sans écriture, et des participants sans trouble du sommeil.

Si vos difficultés durent, ces astuces ne suffisent pas. Les recommandations européennes de 2023 placent la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie (TCC-I) en traitement de première intention, en cabinet ou en version numérique. Ces mêmes recommandations ne conseillent pas la mélatonine à libération immédiate ni la phytothérapie pour traiter une insomnie chronique.

Quand en parler à un professionnel

Deux situations méritent un avis médical, dans un sens comme dans l’autre :

  • vous mettez régulièrement plus de 30 minutes à vous endormir, plusieurs nuits par semaine depuis des semaines, et vos journées en pâtissent ;
  • vous vous endormez en quelques minutes partout (en réunion, devant un écran, au volant), alors que vous pensez dormir suffisamment.

Pour aller plus loin, consultez notre rubrique Troubles du sommeil.

En bref

  • S’endormir en 10 à 20 minutes est la norme ; moins de 5 minutes signale souvent un manque de sommeil.
  • Le concours de Tokyo notait aussi la profondeur et la stabilité du sommeil, pas seulement la vitesse.
  • Bain chaud 1 à 2 h avant le coucher et liste de tâches écrite : deux gestes simples, étudiés scientifiquement.
  • En cas d’insomnie qui dure, la TCC-I est le traitement recommandé en premier.

Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un médecin.

Sources